2. Burn-out un Lundi matin

Isabelle, siège social d’Uno-0-Six, Paris

Julie réagissait TOUJOURS de la sorte quand elles évoquaient sa vie amoureuse, pensait Isabelle en montant les marches qui la menaient vers son agence. Vie amoureuse qui en fait se résumait à un homme et un gros problème : Alexandre. Ils s’étaient rencontrés alors qu’elles étaient toutes les trois de jeunes ados pleines de complexes à Charleroi en banlieue parisienne.

Alex, c’était le caïd du collège, le mec même pas beau, mais très très con, avec qui toutes les filles du bahut veulent sortir… sans que personne comprenne vraiment pourquoi ! Julie avait fait partie de ses conquêtes. Pour son plus grand malheur, parce qu’elle n‘avait jamais réussi à s’éloigner de lui par la suite.

Looser incorrigible et rustre fini, il ne revenait de ses innombrables aventures minables que pour squatter son appartement et refaire le plein de chaussettes propres. À grands renforts de promesses et serments, que Julie s’évertuait à croire. Après quoi il partait de nouveau, la laissant de plus en plus désespérée…

- Isabelle, qu’est-ce que tu foutais ? Elle est où ta présentation pour Pharma-chim ? On est déjà SUPER en retard ! Daniel va te TUER !

Ces doux mots d’accueil un lundi matin plongèrent Isabelle sans préavis dans son stress habituel. Elle travaillait depuis déjà trois ans dans l’équipe Web d’Uno-0-Six, importante agence de publicité et communication multimédia. Et depuis ces trois ans, Corinne, la chargée de comptes qui venait de l’agresser, mettait un point d’honneur à développer l’humilité de la jeune fille. Elle lui faisait bien comprendre que rien de ce qu’elle ferait ne pourrait être bon… Ce qu’un penchant naturel d’Isabelle pour le manque de confiance en soi ne l’aurait de toute manière jamais autorisée à penser.

La présentation en question, étude de marché pour un fabricant de matériel de chimie parapharmaceutique, était finie depuis vendredi soir vingt-trois heures, et Isabelle l’avait posée en évidence sur le bureau de Corinne en prévision du rendez-vous client. Mais apparemment celle-ci n’avait rien pu trouver et elle était très énervée.

Comme toujours en fait.

Habituée à un haut niveau de stress, il n’avait fallu que quelques micros-secondes à Isabelle pour réagir. Son rythme cardiaque avait triplé, et elle s’était retrouvée à quatre pattes sous le bureau de sa chargée de comptes, déplaçant autant de poussière que de dossiers plus ou moins bien classés.

Quelques secondes plus tard, elle avait en main la présentation en question, simplement rangée… dans la corbeille.

- Mais qu’est-ce que ça fichait dans la poubelle ? Heureusement que tu étais là Isa ! Ciao !

Corinne se saisit du feuillet, attrapa les clés de son coupé Mercedes et partit en courant à son rendez-vous. Ses talons claquaient encore sur le plancher du couloir quand Isabelle émergea de sous le bureau, couverte de poussière.

Il était neuf heures un lundi matin, et elle était déjà en burn-out.